vendredi 29 octobre 2010

La famille de Richard

Je me rends compte que je fais des messages de plus en plus longs. C'est bien, j'ai des choses à dire, ce voyage m'a émue. Mais c'est pas si bien pour ceux qui lisent. Le format blog est adapté aux messages courts. Donc excusez moi à l'avance si j'ai encore deux ou trois messages longs mais je les ai déjà écrit durant mon voyage quand j'étais seule face à l'océan...
Donc la famille de Richard est quand même ce que je retiendrai du voyage, peut être plus que l'Abissa. Elle m'a ouverte ses portes même si c'était facile car tout le monde vit dehors et elle m'a permis de percevoir les différences culturelles que je n'aurai pas vues si j'avais juste marché sans but dans la rue.


Tout au bout du quartier France, coincée entre la rue et la plage, c'est là que se trouve la maison. Lorsqu'on arrive par la route, on longe un muret, au bord duquel est placée une petite table envahie par des plats et des assiettes (sur la photo, elles rangeaient). Ce coin est pris en charge par Colette qui y vend des allocos (bananes plantains frites) et des oeufs durs. Mais toutes les cousines qui passent et s'arrêtent, aident un moment, en coupant les bananes par exemple.



Plus loin, on arrive à un carrefour où l'on doit tourner. A gauche le podium de l'Abissa, à droite, la plage. A ce coin de rue, une "tantie" vend des cigarettes, des bonbons et tout un tas de petites bricoles. On peut aussi louer un portable 100 F CFA la minute.






De l'autre côté du muret, on accède à la cour ensablée de la maisonnée. C'est là qu'est le "maquis". Des chaises et des tables sont disposées sous un grand parasol où les gens viennent s'installer pour manger et surtout pour boire. La boisson c'est le job de Christelle. Elle gère la petite cabane en palme, équipée d'un congélateur pour vendre bière et vin.
Dans cette cour, il y a aussi les toilettes. Pour la chasse d'eau, on remplit des seaux grâce au puits derrière la cabane, au milieu de la cour.
Bien souvent tous les enfants de la famille jouent ensemble et prennent d'assaut un coin de la cour. Et il y a également des toits de palme ou des parasols, des petits coins d'ombre où il fait bon étendre un drap ou un tapis pour faire la sieste l'après midi.




Si l'on continue à avancer dans le fond, on passe aux parties plus "privées". Il y a un petit passage qui permet d'atteindre l'autre côté et la plage. Si on l'emprunte dans la journée, il n'est pas rare de tomber sur des fillettes qui font la vaisselle dans une bassine ou qui pillent du manioc avec de la banane pour faire du foutou.




Ce foutou est utilisé par une autre "tantie" qui tient le maquis sur la plage. Dans sa cuisine, plusieurs énormes casseroles où mijotent différentes sauces: arachide, graine, claire avec viande ou poisson frais (mmm! le meilleur plat que j'ai jamais mangé là-bas). Là aussi, plusieurs jeunes filles aident à la cuisine ou au service.



Sur la plage, l'air est plus vif et la température ressentie s'abbaisse. C'est un petit coin très agréable pour manger ou juste pour faire une sieste.



Enfin, en fin de journée , sur la route qui mène à la plage, Caroline, une des mamans de Richard dispose deux tables pour faire un bar. L'une pour s'installer, l'autre pour ranger tous les alcools forts. C'est là que j'ai gouté au coutoucou, l'alcool de palme national et artisanal.

Voici une petite idée de la vie de cette famille. J'ai eu la chance de voir l'activité à son paroxysme pour le déroulement de l'Abissa.
Vous remarquerez sans doute que tout est très différent de chez nous. D'abord, où sont les hommes? Les femmes ont l'air de tout faire, même gérer l'argent. Ensuite, soeur ou cousine? Tante ou maman ? Richard m'a présentée 3 mamans différentes, à croire que les termes n'ont pas la même signification, le nom pas le même rôle.

Plus tard à Abidjan, en face d'une télé LCD avec un écran énorme d'un business-hôtel sans saveur, j'ai pu admirer les pubs africaines pour vendre du lustucru. A peu de choses près, on a les mêmes. Sauf que...
Sauf que de tout mon séjour, pas une seule fois je n'ai vu de lustucru. Je n'ai jamais vu d'appartement avec cuisine-salle-salon, jamais vu une famille avec une seule maman, ni de repas de famille proprement dit (chacun mange quand il veut). Et jamais vu personne manger à l'intérieur avec fourchette et couteau.
Bref, je me suis demandée à qui étaient destinées ces publicités !?!

mercredi 27 octobre 2010

L'Abissa

Face à l'océan, sur une plage déserte et nocturne, je profite de l'air frais et salin. Le jour de mon arrivée à Grand-Bassam fait partie des plus beaux jours de ma vie. J'en garderai d'inoubliables souvenirs (non, non je ne me suis pas mariée ce jour-là).
J'ai déjà voyagé seule. Je me suis déjà fait interpeller dans la rue, au Mexique ou en Turquie, par un garçon ou un homme, qui n'a visiblement rien d'autre à faire que de me tenir compagnie. Je me souviens en particulier d'Angel à Mexico qui m'a fait découvrir un petit coin caché dans le parc Chapultepec où l'on écoute de la musique allongé sur des bancs. Ou encore d'un jeune turc accompagné de sa famille qui m'ont invité à manger chez eux, un soir où j'avais dépassé les quartiers touristiques. Mais ces rencontres n'ont pas égalé la rencontre que j'ai faite 10 minutes après avoir commencé mon parcours dans les rues de Grand Bassam.
Ce jour-là, je cherchais un cyber-café. Un garçon est venu vers moi, pour me saluer. J'en ai profité pour lui demander. Il m'a guidé jusqu'à l'adresse. Heureusement que j'avais un guide, je suis pas sure que j'aurai trouvé cette petite porte sans aucune inscription coincée entre deux restaurants. Il a ensuite attendu 1 heure que je finisse ma session web. C'est le moment précis où je me méfie, voire je prends peur. Pourquoi donc attendre? Est-ce qu'il va me lâcher un jour? Après lui avoir bien fait comprendre qu'il pouvait s'en aller, je me suis rendue compte que je ne pouvais pas l'empêcher d'attendre. Ensuite, j'ai capitulé quand il a voulu me montrer un coin où manger. Il était 16h, je n'avais pas mangé depuis le petit déjeuner à 8h.
C'est alors qu'il m'a emmenée directement vers sa famille à 2 pâtés de maison et au passage présentée à tout le monde. J'ai donc salué une dizaine d'amis sur la route puis ses cousines, tantes, nièces ... Une de ses cousines vend des allocos (bananes plantains frites) dans la rue devant leur maison. Il m'a tenue compagnie et on a discuté pendant que je mangeais puis il m'a accompagnée voir l'Abissa et expliquer les traditions.
Comme je le disais, au début je me méfiais, mais peu à peu je me suis détendue. Tant de gentillesse, de gestes gratuits, ça surprend toujours.
L'Abissa est une fête traditionnelle de l'ethnie N'Zima, dont la majorité vit à Grand Bassam. Cela dure 8 jours pendant la fête des morts. Avancée cette année d'une semaine à cause des élections, je suis tombée par hasard sur les 3 derniers jours. L'Abissa c'est une fanfare, un défilé où on promène le roi, et surtout des danses carnavalesques.

17h: Peintures blanches sur le corps, la "kaloué", et pieds nus dans le sable. Au milieu d'une rue, un petit podium tapissé de tam-tams. Et autour du podium, un cercle, des cercles de gens qui dansent. Richard connaît tout le monde, c'est son quartier. Il hêle un cousin. Tout le monde est cousin. "Il va t'apprendre à danser. Suis-le". Et me voilà partie, pieds nus, une petite bassamoise, sa copine, me tient par les hanches, me montre le rythme et lui, le "cousin", nous suit à côté avec des coquillages aux chevilles pour faire du bruit. Ils me protègent tous les deux, me guident, font attention à ce que je ne me retrouve pas coincée entre deux blacks. Et on tourne autour du podium en dansant aux sons des tam-tams. En avant, puis en arrière, de nouveau en avant plus vite, les mains en l'air. Et toujours les pieds qui piétinent le sable et le modèlent en tas et en creux.

Je ne sais pas combien de temps j'ai essayé de danser. Tout le monde s'amusait, et riait heureux, sans se bousculer. Beaucoup étaient déguisés, plus souvent bariolés. Quelques garçons étaient habillés en femmes, de rares filles en garçons.

Au bout d'un moment, fatiguée, j'abdique. A l'Abissa, chacun est libre d'aller et venir et de danser de 16h à 22h tous les jours pendant une semaine. De nombreux gardes de sécurité veillent à ce que tout se passe bien.

19h: Ambiance quartier où tout le monde se connaît et vit dehors. Je serre la main d'un tas de gens qui tous me saluent comme s'ils me connaissaient depuis toujours, le rituel de la Côte d'Ivoire: "Bonjour! Ca va comment?.. Dieu merci". Je refais le tour de toute la famille de Richard, ses neveux, amis, oncles, cousines, frères, tantes, soeurs. Je discute avec quelques uns, dehors, les pieds dans le sable. Ils m'ont invitée à manger leur riz et poulet. Un belge, amoureux d'une cousine, m'explique la vie ici en tant qu'expatrié sans job d'expatrié, c'est à dire sans les avantages. On parle de l'accueil des ivoiriens, des élections, et des poulets et poissons avalés en entier, os et arêtes compris.

Pour finir ma soirée, Richard me montre où en est l'Abissa. Le nombre de danseurs a quintuplé, je n'ose pas m'aventurer dans la foule compacte. L'ambiance est humide de leur sueur et le rythme beaucoup plus endiablé. L'Abissa continue demain avec la danse clotûre. Encore plus de monde est attendu. Mais demain c'est aussi jour de foutou. Je dois aller au restaurant de la tante de Richard pour goûter à d'autre plats ivoiriens que le poulet ou le poisson braisé (Enfin !!! j'en peux plus manger poulet grillé, moi)
Je retourne à l'hôtel, la tête ennivrée par tout ce que j'ai vécu et je me pose un moment devant l'océan, pensive, débordée par l'accueil que j'ai reçue.

mardi 26 octobre 2010

L'important c'est ...

les autres le foot !

"C'est ta première fois à Abidjan? Moi ça fait plus de 20 ans que je vis dans cette merde. Tu vas voir, ici, c'est mort. Y a rien à faire. Si à la limite, le week end ça bouge un peu plus. Le vendredi soir, on peut sortir. Mais en semaine, rien. Les gens travaillent puis se couchent"
Voilà la prometteuse entrée en matière qu'un jeune homme me fait lors de l'atterissage. Mon expérience ne peut que confirmer ses dires. Les villes ne semblent pas avoir de politique d'aménagement et les villages sont trop pauvres pour développer quoi que ce soit.
Donc pas de réel centre, quasiment pas de parc, ni de musée. Pas d'infrastructures ou si peu. Personne n'a d'Iphone , et quelquefois même pas de télé.
Je me rends compte qu'ici, comme en Amérique Latine, l'important c'est les autres. Pour se divertir, pour passer le temps. D'où l'importance du foot qui ne nécessite qu'un ballon et des poteaux improvisés. En plus, c'est un bon sujet de conversation. D'où les villes qui ressemblent à des immenses marchés où tout le monde vit dehors, avec les autres.
"Avant y avait télé. C'était intéressant. Maintenant si je rentre me coucher tôt, je me sens seul" me dit un ami N'zema que je me suis fait dans un village sur la côte.
Etrangement, moi aussi, en France ou ailleurs, si je rentre me coucher tôt, je me sens seule.

Erreur de vocation ?

19h30: arrivée à l'hôtel Ibis d'Abidjan, en travaux. La moitié du hall de réception a des airs d'immeuble en réparation post cataclysme nucléaire: peinture qui s'effrite, pas de revêtement sur le sol... Des barrières et du plastique sont censés dissimuler le tout.
Cerise sur le gâteau, après plus de 10h de voyage, je découvre que personne à la réception ne sait quand part la navette pour Yamoussoukro, lieu de la conférence auquel je dois me rendre le lendemain. Une mission s'impose alors à moi: trouver des résidents qui sont inscrits à la conférence.
Avant toute chose, je n'oublie pas de prendre une bonne douche. Je peux ensuite me diriger vers l'extérieur de l'hôtel où des petites tables et chaises sont disposées. Plusieurs groupes prennent un verre en discutant: des blancs et des moins blancs.
Le premier groupe à qui je m'adresse est un groupe de deux. Ils affirment qu'un bus vient de partir. Réalisant qu'ils n'ont rien compris (les départs sont prévus pour le lendemain: il faut au moins 3h pour Yamoussoukro), je me retire et demande à un autre groupe. Ils me répondent, léger accent anglais, qu'ils ne connaissent pas la conférence. Après qu'ils m'aient proposé leur téléphone portable, je réalise que j'ai effectivement 3 numéros d'organisateurs à appeler. L'affaire est donc vite réglé et l'horaire de la navette entendu pour 6h du matin (Aïe).
Comme mes sauveurs ont l'air charmants, je m'installe un moment pour discuter avec eux. Tous manient au moins l'anglais et le français à la perfection au point de changer de langue une phrase sur deux. Pour le fun j'imagine.
J'apprends de l'une de mes interlocutrices les quelques coins à voir à Abidjan, le numéro d'un chauffeur de taxi, un bon gars qui peut me faire visiter la ville. Elle a passé un an et demi dans le nord de la côte d'ivoire. Je me demande qui sont ces gens. Petits détails qui les trahissent: l'un d'eux me prête un stylo portant le sigle de l'union européenne. Je n'ai pas le temps d'en savoir beaucoup plus. Ils doivent partir travailler, sur je ne sais quoi en rapport avec leur mission ici: observer les élections présidentielles.
Ben oui, dans quelques jours, la Côte d'Ivoire change de président. Et après les crises politiques précédentes, Dieu sait que c'est un important événement. Au point qu'un staff de plus de 15 personnes de l'Union européenne soit missionnés en observation? Pour vérifier le bon déroulement des élections et de la campagne présidentielle, j'imagine.
En tout cas, je suis fascinée par leur gentillesse, leur maîtrise d'au moins 3 langues, par le job qui doit être vachement intéressant et par les moyens.
Quand je pars le lendemain vers 7h (la navette n'a qu'une heure de retard !), je les observe préparer leur expédition dans le nord. Un gros 4/4 est stationné en face de l'hôtel. Un Africain dépose sur les portières de gros et beaux autocollants de l'Union Européénne, ornés du nom de leur mission. Cependant, un détail choque: il a collé un des autocollants à l'envers. Va-t'il s'en rendre compte?

vendredi 22 octobre 2010

Ce soir, l'aventure commence

En direct d'Abidjan, à 2 h de décalage horaire, 20 degrés de plus et un air moite au possible; je voyage pour la première fois seule et blanche (ou presque).
J'ai quitté la conférence, quelque peu aseptisée, en début de soirée, après 4h de bus et 20min de taxi. Je suis maintenant devant une réception d'hôtel avec 3 africains.
Mettez 3 africains dans une réception d'hôtel, ça crée palabre ! 15 min pour négocier le tarif, 15 min pour négocier l'heure de sortie et encore 15 min pour le prix du petit déjeuner.
Avec mes 10 kg de sueur sur le dos, moi, je n'ose mot dire et j'attends, abbatue.

L'Afrique... Si vous n'avez jamais été en Afrique, vous ne pouvez pas comprendre. Mais je vais quand même essayer de vous décrire quelques unes de mes impressions. Attention, ces messages n'auront pas d'ordre chronologique. Mais est ce vraiment important pour un pays (et continent?) pour lequel le temps n'a pas le même sens que nous. Ils seront surement postés bien après mon retour en France. Aussi, je n'aime pas la surutilisation des images donc peu de photos il y aura. (et pas pour l'instant je n'ai pas de cable).
Vous avez déjà été en Amérique latine, en l'occurence au Mexique ou au Chili? Vous avez observé les enfants qui mendient dans la rue, l'éducation chère, les maisons en toits de tôles le long des autoroutes, les trottoirs de travers, les micros ou petits bus, polluants au possible, se faisant la course sur des périphériques à 5 voies, les petits puestos où on vend à manger dans des glacières.
Vous pensiez que tout ça en faisait des pays sous développés? Oubliez. Le Mexique ou le Chili sont des pays développés. Ici, même le centre d'Abidjan est peuplé d'immeubles plus pourris que nos plus pourris HLM. Ici il n'y a même pas d'autoroute, ni même de route pour relier les villes.
Ici, au marché rayon boucherie, la viande est disposée sur de tables en bois et attends au soleil toute la journée.
Vous pensiez que les Mexicains étaient des gens cools, particulièrement nonchalants? Oubliez.
Les mexicains sont des gens pressés et surtout ils marchent vite. Jamais vous ne verrez un africain courir, à part pour traverser la route sans se faire écraser.
Pour un Africain , le plus cool des Européens est stressé.
Un peu plus tôt, inquiète, dans le bus ; je me demande quel hôtel Annie m'a réservé. Si l'autre bus, dans lequel elle est, va nous suivre et s'arrêter au même endroit. A côté de moi, Désiré me regarde et me dit avec un grand sourire qui montre toutes ses dents " Tu stresses! Calme toi, tout va bien se passer. Il n'y a pas de quoi stresser"
En direct d'Abidjan, moi je vous le dit, c'est ce genre de sourire, la vraie raison de visiter l'Afrique. Le sourire des Africains est notre plus grande richesse.

Au fait, vous pouvez me dire pourquoi j'ai pris 3 paires de chaussettes?

dimanche 24 janvier 2010

Le blues de la nouvelle année

Cela fait un peu plus d'un mois que je suis sur le territoire français. Et j'ai la preuve que la vie est tout aussi absurde ici qu'au Mexique.
Certes, il y a plus d'activités, des concerts, des sorties ski, j'ai de quoi m'occuper. Mais voilà, tout me paraît encore et toujours aussi absurde. Je ne cherche pas forcément à donner un sens à mon existence. Mais quelquefois j'ai du mal à apprécier à leur juste valeur les bons moments passés; parce que je sais qu'ils sont éphémères et qu'ils ne sont pas essentielles.
Je me suis reposée cette question; Qu'est ce qui compte? J'ai l'impression que tout est à la fois inutile et important.
Que ce soit au Mexique ou en France. Dans le fond, la vie est vraiment la même partout (ou presque)