Je me rends compte que je fais des messages de plus en plus longs. C'est bien, j'ai des choses à dire, ce voyage m'a émue. Mais c'est pas si bien pour ceux qui lisent. Le format blog est adapté aux messages courts. Donc excusez moi à l'avance si j'ai encore deux ou trois messages longs mais je les ai déjà écrit durant mon voyage quand j'étais seule face à l'océan...
Donc la famille de Richard est quand même ce que je retiendrai du voyage, peut être plus que l'Abissa. Elle m'a ouverte ses portes même si c'était facile car tout le monde vit dehors et elle m'a permis de percevoir les différences culturelles que je n'aurai pas vues si j'avais juste marché sans but dans la rue.
Tout au bout du quartier France, coincée entre la rue et la plage, c'est là que se trouve la maison. Lorsqu'on arrive par la route, on longe un muret, au bord duquel est placée une petite table envahie par des plats et des assiettes (sur la photo, elles rangeaient). Ce coin est pris en charge par Colette qui y vend des allocos (bananes plantains frites) et des oeufs durs. Mais toutes les cousines qui passent et s'arrêtent, aident un moment, en coupant les bananes par exemple.
Plus loin, on arrive à un carrefour où l'on doit tourner. A gauche le podium de l'Abissa, à droite, la plage. A ce coin de rue, une "tantie" vend des cigarettes, des bonbons et tout un tas de petites bricoles. On peut aussi louer un portable 100 F CFA la minute.
De l'autre côté du muret, on accède à la cour ensablée de la maisonnée. C'est là qu'est le "maquis". Des chaises et des tables sont disposées sous un grand parasol où les gens viennent s'installer pour manger et surtout pour boire. La boisson c'est le job de Christelle. Elle gère la petite cabane en palme, équipée d'un congélateur pour vendre bière et vin.
Dans cette cour, il y a aussi les toilettes. Pour la chasse d'eau, on remplit des seaux grâce au puits derrière la cabane, au milieu de la cour.
Bien souvent tous les enfants de la famille jouent ensemble et prennent d'assaut un coin de la cour. Et il y a également des toits de palme ou des parasols, des petits coins d'ombre où il fait bon étendre un drap ou un tapis pour faire la sieste l'après midi.
Si l'on continue à avancer dans le fond, on passe aux parties plus "privées". Il y a un petit passage qui permet d'atteindre l'autre côté et la plage. Si on l'emprunte dans la journée, il n'est pas rare de tomber sur des fillettes qui font la vaisselle dans une bassine ou qui pillent du manioc avec de la banane pour faire du foutou.
Ce foutou est utilisé par une autre "tantie" qui tient le maquis sur la plage. Dans sa cuisine, plusieurs énormes casseroles où mijotent différentes sauces: arachide, graine, claire avec viande ou poisson frais (mmm! le meilleur plat que j'ai jamais mangé là-bas). Là aussi, plusieurs jeunes filles aident à la cuisine ou au service.
Sur la plage, l'air est plus vif et la température ressentie s'abbaisse. C'est un petit coin très agréable pour manger ou juste pour faire une sieste.
Enfin, en fin de journée , sur la route qui mène à la plage, Caroline, une des mamans de Richard dispose deux tables pour faire un bar. L'une pour s'installer, l'autre pour ranger tous les alcools forts. C'est là que j'ai gouté au coutoucou, l'alcool de palme national et artisanal.
Voici une petite idée de la vie de cette famille. J'ai eu la chance de voir l'activité à son paroxysme pour le déroulement de l'Abissa.
Vous remarquerez sans doute que tout est très différent de chez nous. D'abord, où sont les hommes? Les femmes ont l'air de tout faire, même gérer l'argent. Ensuite, soeur ou cousine? Tante ou maman ? Richard m'a présentée 3 mamans différentes, à croire que les termes n'ont pas la même signification, le nom pas le même rôle.
Plus tard à Abidjan, en face d'une télé LCD avec un écran énorme d'un business-hôtel sans saveur, j'ai pu admirer les pubs africaines pour vendre du lustucru. A peu de choses près, on a les mêmes. Sauf que...
Sauf que de tout mon séjour, pas une seule fois je n'ai vu de lustucru. Je n'ai jamais vu d'appartement avec cuisine-salle-salon, jamais vu une famille avec une seule maman, ni de repas de famille proprement dit (chacun mange quand il veut). Et jamais vu personne manger à l'intérieur avec fourchette et couteau.
Bref, je me suis demandée à qui étaient destinées ces publicités !?!