Plantons le décor ! Une ville classée Patrimoine mondial de l’Unesco. Petite, mais extraordinairement charmante.
Non! Pas faite de petites ruelles qui s’emmêlent. A peine quelques passages couverts entre les rues, presque parfaitement quadrillées. Pas de couleurs chaudes non plus, pas de jolies places ombragées pleines de bars, de bancs, de gens, de vin et de vie. Rien de très latin en somme. Ce qui n’est pas étonnant. Je me trouve en plein sud de l’Angleterre. Mais voilà! De grandes pierres blanches qui forment tous les édifices, l’uniformité architecturale, les rues aérées (sans être trop larges), le mélange étonnant de la culture “typically british” et d’un cosmopolitisme partout sous-jacent. Une ville qui ne ressemble à aucune autre. Si je n’avais que deux mots: élégance sobre. Ou bien, extravagance guindée. Quoique “extravagance sobre” pourrait convenir aussi.
Parlons plutôt de ce qui m’a fait atterrir ici. Un entretien d’embauche! Pour demain! Je me suis arrangée pour arriver un jour avant. Faire la touriste, mais aussi découvrir la ville qui sera peut être mienne. La fin de l’après-midi survient avec la fin des visites culturelles. Avant de me laisser aller à la rêverie le long des rues charmantes du centre-ville, je veux faire un tour virtuel dans ma boîte aux lettres pour y récupérer l’heure et le lieu du rendez-vous si important du lendemain. Je fais partie de la génération internet. Voilà, c’est dit ! Je mémorise de moins en moins. J’ai appris à apprendre, à m’organiser, à trouver rapidement toute sorte de choses mais sous réserve d’avoir accès à Internet. Que le web disparaisse, je me sens un peu vide. Aussi je n’ai pas pris de notes et uniquement mon ordinateur portable. Car je fais partie de la génération Wifi également. Celle qui croit naïvement que le sans-fil s’est immiscé dans de plus nombreux recoins que les extraterrestres. Aussi telle n’est pas ma surprise quand, de retour à l’hôtel, la réceptionniste m’informe qu’il n’y a malheureusement pas encore le Wifi. En Angleterre! Mais pas de souci. L’hôtel à 100 m dans la même rue, lui en est équipé! En échange d’un thé, je serai connectée au monde et surtout à mes mails. Munie d’une confiance sans faille et de mon ordinateur emballé minutieusement pour échapper aux gouttes, je me dirige vers l’hôtel suivant et m’installe devant une tasse fumante de ce fameux breuvage british. Ca tombe bien! J’avais envie d’une pause de ce genre. 20 minutes passent. J’ai réussi à venir à bout des 30mL de thé bouillant mais je n’ai pas réussi à me connecter au monde. Problème de réseau? d’ordinateur? Le pauvre serveur, du bar pas du web, court chercher de l’aide mais se retrouve aussi impuissant que moi. Je commence alors à croire que lire mes mails ne va pas être chose facile. Mais pas le temps de me lamenter. On me propose le pub d’en face. Effectivement je capte un réseau Wifi du nom de ce pub. Me voilà donc équipée d’une pinte de Guinness, attablée devant mon ordinateur. Et bien oui! Après une courte hésitation, j’ai choisi de m’adapter au lieu. Et puis, déguster une bière tout en savourant ses mails, ça multiplie les plaisirs. C’est sans compter les défaillances répétitives de ce maudit portable. Après plusieurs essais, je me résous à appeler au secours. Ca aura le mérite de briser ma solitude et de me faire pratiquer l’anglais. “Non, non, le Wifi fonctionne. Pas de doute. Ah vous avez un Mac ! Ca arrive souvent avec ces ordis-là”. Le problème vient donc de mon superbe Macintosh. Cela n’est pas pour me rassurer. Une nouvelle fois: “Vous savez où je peux trouver internet? Un cyber-café?” La réponse me vient dans un anglais aux sonorités locales tout à fait exotiques à mes oreilles. Je saisis deux, trois mots: au carrefour, à droite, pub. Dépitée, je retourne m’asseoir et descends doucement la pinte en pensant à la prochaine qui m’attends au coin de la rue, à droite. Ca va commencer à me faire cher le mail. Rapide coup d’oeil à l’heure: 18h, presque! Les magasins vont sûrement bientôt fermés. Moi qui voulais faire les soldes....
Je reporte le pub à plus tard et m’en vais chasser mes frustrations par des achats compulsifs. L’air se sèche, et il est doux de respirer la fraîcheur de la soirée qui s’installe. Je dépasse l’abbaye et m’enfonce dans les rues si calmes, où il y a peu une foule se pressait. Un doute m’envahit. Tout est-il déjà fermé? Même la boutique où j’avais repéré cette merveilleuse robe rouge, simple et élégante, légèrement vaporeuse, dont l’achat suffirait à me redonner le sourire aux lèvres. Deux pâtés de maison plus loin, mes rêves de tissus soyeux s’évaporent devant les portes fermées de la dite-boutique. Restent les frustrations.
Seule avec mes échecs, je me sens perdue, bête. Me revient alors à l’esprit le programme de ma soirée. Je m’imagine avaler 5 ou 6 pintes de bières pour finir par rentrer à l’hôtel, bredouille et éméchée, avec la mission de finaliser la présentation orale du lendemain.
J’éclate de rire. Non pas un rire nerveux. Un vrai fou-rire. Ca libère, je me sens plus légère. D’un seul coup, je focalise non pas sur l’échec de ma soirée, mais sur son comique. La situation n’est pas si grave. J’irai très tôt à l’Université et demanderai à qui veut bien où est le département des mathématiques. Pas de quoi pleurnicher ! Plutôt en rire ! Même en Côte d’Ivoire, j’avais trouvé Internet plus facilement. Je vais pouvoir me servir de cette histoire pour la raconter telle une blague. Ca me fera de bons souvenirs. L’humeur joyeuse, je retourne alors vers l’hôtel. Sur le chemin, une librairie m’offre son accueil. Sûrement le seul endroit encore ouvert. Je m’y aventure: ma boulimie de livres m’a repris récemment. Au détour d’un chemin, je tombe nez à nez avec un présentoir bien garni. Un livre attire mon regard. Il porte une note manuscrite du libraire. Le genre de note qui dit “ This novel had changed my life”. Je l’achète, compulsivement. Mes frustrations s’envolent définitivement à la caisse. Cependant, en sortant de la boutique, je m’interroge. Pourquoi avoir acheté ce livre? Je sais pertinemment que ce bouquin ne va pas changer ma vie. Mieux! Je n’ai pas vraiment envie d’en changer. Alors pourquoi ce livre dont je ne sais rien plutôt qu’un autre? L’envie de me laisser surprendre ! Et si le lire changeait réellement ma vie? Je sens que l’inconscient joue ici un grand rôle.
Finalement au détour d’une rue, une boutique “internet lounge” apparaît, comme tombée du ciel. Elle m’a permis d’assister sans encombres à l’entretien. Auquel je n’ai pas été prise.
“On the road" de Jack Kerouac, par contre, a été promu, quelques mois, livre de chevet. Je sais déjà que ce monsieur me suivra longtemps dans la vie pour devenir, peut être, mon ange gardien, mon guide, vers une autre existence. Car après avoir lu le livre, j’ai finalement rejoint, comme Kerouac, la mythique Côte Ouest. Sans qu’il n’y ait de rapport. Un pur hasard.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire