mardi 15 mai 2012

Video killed the radio star -2

Il est vendredi soir, 7h pour être plus précise.
Je marche, péniblement, entre les rochers et les ronces. Le chemin, qui n'en est pas vraiment un, suit une espèce de pipeline/conduite d'eau. On le longe depuis bientôt 1 heure sans être sûr qu'il mène quelque part. Mais on n'a rien croisé d'autre depuis.
Voilà encore une butte à gravir, et le pipeline à chevaucher. Avec le sac sur le dos, je ne vais pas vite.
Les autres sont déjà trop loin devant, je ne les vois plus. Je m'arrête un moment pour attendre ceux derrière. Ils n'arrêtent pas de parler et de rigoler.
Je me dis qu'ils ont raison. Quoiqu'il arrive, ils auront passé un bon moment. Mais ça ne m'empêche pas de pestiférer dans mon for intérieur.
Ben oui ! Râler, grommeler, se plaindre, maugréer, pester, rager, ronchonner, protester, marmonner, accabler, s'énerver.
Il y a de quoi !
Comment peut-on officiellement encadrer un groupe de 10 personnes et ne pas être à l'heure au rendez-vous, ne pas avoir demander les permis de camping à temps pour le plan A, ne pas avoir vérifié que le mini-bus pouvait passer par la route étroite du plan B et finalement se perdre à l'aube sur les sentiers du plan C.
Je m'étais réveillée avec un mauvais pressentiment et voilà que, ce vendredi soir, je peste. J'aurais sûrement mieux fait de rester chez moi, bien au chaud dans mon lit douillet, plutôt que de faire confiance à deux cadets.

Mais apparemment, il n'y a que moi qui trouve ça limite. Les autres se marrent. Du coup je garde mon identité culturelle pour moi. Parce que de toute façon, râler ne servira pas non plus à grand chose, avouons-le !

Et la conduite d'eau n'en finit jamais....

Par miracle, au sommet d'une colline, je me retrouve face à face avec le groupe sur le sentier. Le vrai  qui coupe notre route.  Le sentier, pas le groupe !

Pfiiouuuu tous mes râles intérieurs se dissipent, comme par magie.
La nuit tombe ou c'est le soleil. On ne sait plus trop : il fait noir.
Les lampes s'allument avec la lune. (C'est un peu facile tous ces jeux de mots ...) Et on débouche finalement vers 20h30 sur la prairie où le camp doit être installé.




la prairie de jour.
Enfin, quand je dis prairie, c'est plutôt un marécage, lieu de dépravation sexuelle pour grenouilles. Pas discrètes pour un sou, les grenouilles !




Du coup, on s'enfonce un peu dans la forêt pour trouver un coin plus calme et plus propice à la méditation et surtout au sommeil.

Je passe sur les détails intimes de la vie de camp sauvage que je vais mener alors pendant 2 jours, vie de camp où l'eau est stérilisée à renfort d'iode, la pelle toujours à portée de main en cas de commission et où on apprend quelles plantes naturelles peuvent remplacer le papier toilette.


Finalement, sur le chemin du retour, je me dis que j'ai bien fait de ne pas avoir râlé.
Et surtout de ne pas avoir renoncé à la tâche !

Cette enquête (sur les radios) je n'imaginais pas qu'elle allait m'emmener au fin fond du Yosemite. (Bon je sais, c'était plutôt au Nord qu'au fond... mais ne chipotons pas)



Alors là, vous vous demandez qu'est-ce que cette histoire de radios peut bien avoir à faire avec le Yosemite?
Non parce que c'est bien le dernier endroit sur Terre où l'on peut écouter la radio.

Et bien, il s'avère que cette expédition a joué un rôle central dans mon enquête. Mais, j'aurai voulu le faire exprès, je n'aurais pas réussi.

C'est ainsi que le lendemain, le samedi donc pour ceux qui suivent ( ou plutôt pour ceux qui ne suivent pas !), nous entreprîmes l'ascension d'un sommet. (Je trouve le passé simple peu usité alors je l'use). Et tandis que chacun marchait tranquillement, les langues se déliaient.










Je parlais espagnol avec un américain-argentin, spécialiste des plantes sauvages qui se mangent, constructeur d'abris de branches mortes et étudiant en philo ; je rencontrais un couple qui a tout le temps l'air de faire la gueule, mais en fait non; un autre couple, hippie-style, je fume et marche pieds nus mais je souris tout le temps "la vie est belle"; des gars avec des chapeaux de cowboys qui faisaient genre "on est en week-end aventure, t'as vu mon chapeau !" mais qui n'arriveraient même pas à la cheville d'Indiana.







Et surtout, et surtout...
Un mec trop cool qui travaille pour la radio du campus !
La clé de mon énigme. Enfin ! L'euphorie !
Et c'est donc grâce à lui, et aux questions sans répit que je lui ai posées, que vous saurez tout (ou  presque) sur les radios.


 







Dans le prochain épisode ...

(Notez que cette mésaventure scabreuse du vendredi soir occupe la place centrale du récit. Le reste s'est déroulé sans encombres, donc il n'y a pas grand chose à raconter )

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