Mais, à la fin, elle nous a tous émus, en nous demandant de former un cercle, main dans la main. Nous devions être une vingtaine, avec 6 ou 7 nationalités différentes, dont les Etats-Unis d'Amérique. Puis, elle a fait un petit discours de remerciements et d'adieu où elle admettait que la politique de la Russie n'était pas folichonne en ce moment, mais qu'elle croyait en l'unité et à l'amitié entre les peuples, et que nous en étions la preuve, là, tous réunis, en cercle.
J'ai failli y aller de ma petite larme.
Et bien, figurez-vous que si l'individualisme est américain (protestant, devrais-je dire), l'unité est, quant à elle, une valeur russe.
Tout d'abord, l'emblème russe comporte deux aigles côte à côte, c'est l'Europe et l'Asie qui s'entremêlent : symbole de l'union entre les deux continents.
Mais la Russie, c'est surtout le plus grand pays du monde. Partageant ses frontières tant avec la Norvège, la Pologne, et les Etats-Unis, étalé sur 10 fuseaux horaires de Kaliningrad au détroit de Behring, l'énorme territoire russe réunit des dizaines d'ethnies. La vie des Nenets sibériens n'a pas grand chose à voir avec celle des moscovites. Et encore moins avec celle des bashkirs musulmans !
Comment alors concevoir un Etat capable de gérer un pays de cet ampleur ?
"Peut-on rêver de liberté dans le plus grand pays du monde sans prendre le risque que se désintègre un territoire conquis au prix de tant d'efforts et de sang ?" Pour, Alain Délétroz, observateur politique de la Russie, la plupart des gouvernements russes ont clairement eu peur de donner cette liberté. Ils ont justifié les pires totalitarismes dans le but de maîtriser ses frontières.
| Petit récit de propagande pro-armée russe dans le musée d'histoire contemporaine de Moscou |
Mais pour faire accepter ces autoritarismes aux Russes, il fallait bien leur inculquer des valeurs et des fiertés. C'est ainsi que l'unité apparaît. Les Russes ont appris à vénérer leur territoire. "On a tellement mis dans la tête des Russes l'idée que leur seule grandeur résiderait dans la maîtrise d'un grand empire [..] que l'expansion reste une idée attractive pour une majorité de Russes." confie Tamara Kondratrieva, chercheuse spécialiste en politique russe.
Car qui dit unité, dit aussi unité contre un ennemi. Par peur que le territoire se délite, les gouvernements russes ont souvent cherché à l'étendre toujours plus. A toujours avoir un ennemi.
L'expansion plutôt que l'invasion.
C'est ainsi que, par sentiment de vulnérabilité, l'empire russe s'est créé.
Sans réelles frontières naturelles, avec pour seul allié un climat capricieux, cet énorme territoire plat infuse une insécurité permanente qui aujourd'hui encore justifie les guerres. Pour amplifier encore ce sentimenté de vulnérabilité, les trois grandes invasions occidentales, polonaise en 1609, napoléonienne en 1812 et hitlérienne en 1941, sont comémorées encore et encore comme des moments terribles où les russes ont fait preuve d'unité et d'héroïsme. Ce 22 juin, par exemple, étaient rappelés les 70 ans du lancement de Barbarossa, l'invasion hitlérienne lors de la Seconde Guerre Mondiale.
Mais, nulle part mention des multiples erreurs stratégiques de Staline qui, par exemple, a préféré laisser captive la population de Saint Pétersbourg (alors Leningrad), plutôt que de l'évacuer quand il était encore temps (voir un post précédent Il faut souffrir pour etre... ).
La Russie est-elle condamnée à toujours préparer la guerre, comme le suggère cet article, lu dans Libération, qui nous prévient d'une guerre totale pour les ressources pour dans 10 ans.
«L’Etat-major russe l’a pronostiquée pour après 2025, rappelle Felgenhauer (expert militaire). Le Kremlin est convaincu que la Russie sera attaquée de tous les côtés, à l’arme nucléaire notamment, d’où la nécessité de se préparer.»
C'est précis et, on l'espère, un tant soit peu parano !
C'est ainsi que, par sentiment de vulnérabilité, l'empire russe s'est créé.
Retour sur la Place Rouge. Lors du tour gratuit, notre guide blague sur la censure sous Poutine, "Aux Etats-Unis, il est possible d'aller sur le site de la Maison Blanche et de proclamer que l'on n'aime pas Obama, sans être arrêté. Et bien en Russie, c'est pareil. On peut aller sur le site du Kremlin ou sur la Place Rouge et dire "Je n'aime pas Obama"."
Puis, elle nous parle des invasions. Les hivers de Moscou sont relativement doux, en général. Sauf quand le pays se fait envahir, alors, étonnament, l'hiver arrive plus tôt et il est rude. -30, -40 degrés, des températures auxquelles seuls les russes résistent !
Mais, nulle part mention des multiples erreurs stratégiques de Staline qui, par exemple, a préféré laisser captive la population de Saint Pétersbourg (alors Leningrad), plutôt que de l'évacuer quand il était encore temps (voir un post précédent Il faut souffrir pour etre... ).
La Russie est-elle condamnée à toujours préparer la guerre, comme le suggère cet article, lu dans Libération, qui nous prévient d'une guerre totale pour les ressources pour dans 10 ans.
«L’Etat-major russe l’a pronostiquée pour après 2025, rappelle Felgenhauer (expert militaire). Le Kremlin est convaincu que la Russie sera attaquée de tous les côtés, à l’arme nucléaire notamment, d’où la nécessité de se préparer.»
C'est précis et, on l'espère, un tant soit peu parano !
Références :
Russie, les cendres de l'empire, un petit livre intense et passionnant.
Un article du Guardian sur le siège de Léningrad


