lundi 16 novembre 2015

Le ver de la pomme


Vendredi, j'ai profité du beau temps pour aller me balader le long de la côte, au bout du bout du bout de Long Island.
Là, où il y a un phare, et une carte, toute défraîchie par le vent et les tempêtes, qui continue, envers et contre tout, à vous annoncer solennellement "vous êtes ici". 


J'étais là donc. 
Après avoir fait le tour du phare, je débarque sur une plage, infestée de tiques et de surfeurs. Assez inhabituellement pour moi qui suis plutôt réservée, je lance spontanément la conversation avec un américain qui range un surf dans son pick-up. Il m'indique alors un petit sentier à suivre à pied le long de la falaise. Ca ressemble à la France, me dit-il... 
Peut-être, mais pour moi qui vit dans les montagnes, la mer ça reste exotique. 


C'est ainsi que je me suis retrouvée au bord de l'Océan, en promenade dans un endroit magnifique avec des serpents qui s'enfuyaient à mon approche, le soleil dans les yeux, et la berceuse des vagues.






Tiens, j'ai même croisé une biche.
De loin, inerte, au beau milieu d'un passage à touristes, elle paraissait être une de ces statues en bois qu'on place bien en évidence pour faire croire qu'on est dans un endroit sauvage. En fait, elle était vivante et elle n'a pas tardé à déguerpir quand j'ai essayé de m'approcher un peu plus.






Après cette balade, il se faisait déjà tard. J'ai repris ma voiture pour rentrer et c'est le moment qu'a choisi mon GPS pour s'arrêter de fonctionner. J'avais un peu moins envie de traîner d'un seul coup. 
Sans carte, sans smartphone, sans rien, une seule solution, aller quémander de l'aide. C'est ce que j'ai fait plusieurs fois et grâce à l'aide de plusieurs inconnus, je suis rentrée sans encombres.
Un restaurateur, qui s'affairait à préparer l'ouverture, m'a même gratifié d'un "Cheers, Love" tout à fait amical avant ma sortie de l'établissement. Un peu à la californienne. Cela paraît tellement improbable que je me demande maintenant si je ne me suis pas trompée.

Une heure de route m'attendait. J'en ai fait le double, coincée dans les bouchons !  (Allez savoir pourquoi, perdue au bout du bout du bout, il y avait des bouchons...) Je me suis alors amusée avec la radio. En appuyant sur un bouton "scan", différentes radios se sont mis à défiler. Je pouvais en écouter quelques secondes et choisir celle qui me plaisait.
Des radios latinos, aux pubs pour la location d'armes à feu... j'étais servie.



Sur l'une d'entre elles, j'ai entendu parler de Paris et d'attentats. C'était de courtes news prises au vol. Pas grand chose à se mettre sous la dent à part de l'inquiétude.
J'ai alors refait défiler les radios jusqu'à entendre le mot Paris. Cette fois, on aurait dit que le gars allait en parler un peu plus.

En fait, non. Il faisait un show. Paris c'était une excuse. Il parlait, s'emportait, hurlait et puis finissait par se calmer en disant que tout de même, un vendredi soir, il ne devrait pas s'énerver. Il fallait en garder pour plus tard. Mais très vite il recommençait.
Et c'est ainsi qu'il a réussi à parler de Paris et des attentats fait par les musulmans (oui, oui, les musulmans selon lui). Et les réfugiés syriens dont il faut interdire l'accès ! Et le port autorisé des armes aux Etats-Unis, qui ne l'est pas en France et on voit où ça les mène, des gens pourtant si civilisés...  Et les féministes et autres extrémistes qui sont un peu comme le champignon qui fait pourrir les fraises. Alors qu'elles sont belles les fraises, à la base. Mais là, non, du coup, elles deviennent toutes pourries, immangeables. 
Il pouvait s'arrêter là mais non, il continuait, tout seul, sans que personne ne l'arrête. 
"Hillary Clinton devrait en prendre plein la poire à cause des attentats. Les démocrates devraient tous aller s'enterrer la queue entre les jambes. Mais, non, ce n'est pas ce qui va se passer. Pourquoi ? Parce qu'ils ont les médias avec eux. Donc, rien ne va changer. Et il y aura encore des débiles pour voter démocrate. Comme les débiles qui ont voté Obama...."
Et ainsi de suite ...

Horrifiée par tout ce que j'entendais, je me suis rabattue sur une émission de variétés infâmes, autrement plus agréable que toutes ces stupidités et méchancetés que j'ai entendues en l'espace de quelques minutes.

Les attentats monstrueux, les propos haineux entendus à la radio, tout ça m'a laissée pétrifiée. Estomaquée.
Heureusement que, contre l'obscurantisme qui s'abattait, résonnaient encore en moi les paroles de cet inconnu, entendues quelques heures plus tôt.

Love.



1 commentaire:

  1. Tout est dit c'est vraiment tout triste. Mais j'adore l'endroit, la vie est belle :-)
    bises,

    Manel

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