vendredi 12 juin 2015

En Union Sovietique, il n'y a pas de sexe



Saint Petersbourg, 4, Gorokhavaya. Il pleut.
Je trouve difficilement l'hotel. Aucune inscription dans la rue. Apres plusieurs tentatives, je tape finalement le bon code au bon endroit et me faufile dans une cour interieure. Rien de tres fancy. Au fond, une porte avec une inscription toute simple. Ca tombe bien, ici, c'est Simple Hostel. Je sonne.  
La porte s'ouvre sur une loge minuscule, pleine de chaussures et de parapluies qui sechent. Une charmante jeune russe m'accueille. 
J'ai l'impression d'entrer chez des amis. Apres avoir pose mon sac, on discute un peu autour d'un the. 
Je suis contente, il y a plusieurs russes et je peux me rendre compte que je ne comprends encore et toujours pas grand chose. Mais je vais pouvoir progresser !

Avant d'aller plus loin, je dois vous avertir : amis de l'orthographe, ne vous offusquez pas, il n'y aura pas d'accent. 

Cela fait a peine deux heures que je suis en Russie. On dit souvent que c'est le voyage qui compte et pas la destination. Je plussoie. Je pourrais deja revenir en France, le periple que j'ai fait hier sera peut-etre ce qui va rester le plus fort dans ma petite memoire. J'en ai tellement a raconter, que je vais le faire sur plusieurs messages, comme ca, si jamais je n'ai rien a dire un jour, je pourrais quand meme publier un petit texte. Et puis, je prefere vous epargner un peu.



Partie jeudi matin, avant le lever du soleil. Lyon-Tallinn. Arrivee en debut d'apres midi, cela me laisse quelques heures pour visiter la ville avant de prendre le bateau pour St Petersbourg. 
Tallinn, c'est joli, mignon tout plein. Patrimoine de l'humanite, Unesco, depuis 97. Ancien bourg medieval du nord l'Europe.
C'est tellement mignon qu'on s'y fait un peu chier tout seul .... au milieu des touristes et des boutiques Souvenirs. 
Premieres heures difficiles d'ennui. 
Quand finalement j'embarque, je ne trouve personne dans ma chambre, mais deux paires de chaussure trainent. J'ai un doute un moment, j'ai bien l'impression qu'il y a un homme et une femme. Mais je ne me formalise pas trop, et sors pour voir le bateau partir. Apres plusieurs minutes a admirer Tallinn de loin, il commence a faire froid. Je rentre finalement dans ma loge. Cette fois, quelqu'un m'ouvre. Livia, ouzbeque. J'ai de la chance, elle parle un anglais parfait. Courtes premieres formalites, echange de prenom et autres banalites. Je me leve pour prendre une douche, sur ce, Livia me demande si je bois de l'alcool. 
J'essaye de ne pas montrer ma surprise, et explique que, oui mais pas quand je voyage seule. C'est alors, qu'elle me tend une bouteille et va chercher un verre. La douche attendra, donc.


Pendant plusieurs heures, nous allons discuter. En fait, je vais passer ma soiree avec elle et je ne verrais la troisieme camarade que le lendemain au petit matin. Habitant a Stokholm, Livia vient voir ses enfants a Saint Petersbourg. Apres plusieurs details supplementaires sur sa vie, je ressens soudainement le besoin de me resservir au moins deux ou trois verres. Ce voyage n'a pas servi a rien : j'ai compris pourquoi la vodka a ete inventee.
Mais je vais vous epargner un moment ... je voudrais aussi etre sure que je peux vous raconter sa vie. C'est mon amie maintenant, je ne peux pas tout deballer comme ca. Alors commencons par une petite phrase lancee pendant la conversation.
Grace a elle, j'en apprends sur les mythes sovietiques : en URSS, il n'y a pas de sexe. 
Cette phrase a ete prononcee en 1986 par Liudmila Ivanova lors d'une teleconference pendant la Guerre Froide, pendant une emission qui tentait de creer des liens entre les US et l'URSS. Elle est devenue culte. En fait, Liudmila a rectifie ensuite en remarquant qu'on l'avait coupe au montage. Il n'y a pas de sexe ... mais de l'amour. 
Livia a vecu en Ouzbekistan toute sa vie. Elle a dans les quarante ans et cela fait seulement un an qu'elle est en Suede. Elle est encore jeune lors de la chute de l'Union Sovietique. Selon elle, dans son pays, avec ou sans l'Union, c'est pareil. Je ne me souviens pas pourquoi au detour de notre conversation, elle a lache cette phrase - titre de mon premier billet russe. Toujours est-il qu'elle s'offusque du tabou sovietique autour du sexe et m'explique en rigolant que les sovietiques apprenaient aux enfants que les bebes arrivaient par oiseau ou qu'on les trouvait dans les fleurs et les legumes. 
C'est alors mon tour de lui dire qu'en fait, en France, on ne fait pas mieux .... 
Mais voila, en URSS, le sexe c'etait vraiment tabou. Apres une jolie emancipation sexuelle dans les annees 20 ou l'on pouvait divorcer sans en informer le premier (ou la premiere) interesse(e), sous Staline, c'est moins drole. Il n'y a pas de sexe, a la tele, dans les discussions. Des images pornographiques sont vendues au noir par des gens surnommes "bielorusses". Et dans les pharmacies, si le client demande une aspirine, avec un leger clin d'oeil, c'est qu'il veut une capote. 
Livia m'explique qu'en Suede, on commence a parler sexe aux enfants de 6/7 ans. On trouve ca genial toutes les deux. 


Hasard tout a fait approprie. Une chanson de Georges Brassens resonne en ce moment meme dans la cuisine-salon de mon hotel. 
C'est le moment de vous laisser. Aujourd'hui c'est le Jour Russe, un jour ferie. Je veux en profiter un peu !

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