dimanche 28 juin 2015

Sur le toit du monde


Il m'est arrivé une drôle d'histoire. 
J'avais rendez-vous pour visiter l'Université d'Etat de Moscou. 
Une de mes amies, ancienne étudiante de cette université, avait lancé l'initiative et m'avait mis en contact avec des amis sur place. 
Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre, je savais juste que le bâtiment de l'Université fait partie des 7 Soeurs, les 7 bâtiments staliniens construits dans les années 50. Chacun de ses édifices sont différents mais avec un style reconnaissable ... de loin ! Celui de l'Université est le plus haut, en tout cas, il est celui qui est le plus remarquable car, en plus d'être haut de 240 mètres, il est construit sur une colline. J'habite dans une tour de 100 mètres de 30 étages et quelques et je la trouve déjà haute. Alors 240 mètres, ce n'est pas rien.
Donc comme je savais aussi qu'apparemment on pouvait monter sur le toit, c'était plutôt attrayant comme proposition !

Cela avait été compliqué, ou plutôt long, car on ne rentre pas dans l'Université comme dans un moulin. Après de nombreux échanges de mails pour envoyer les documents d'identité et planifier la rencontre, voilà enfin l'heure du rendez-vous arrivé.


Rendez-vous en face du métro avec Natasha; on discute tranquillement tout en marchant vers l'université. Le bâtiment est en effet gigantesque. 
C'est une ville en soi, salles de cours, amphis, chambres, salles de sports, piscine, on peut passer des mois à l'intérieur sans sortir.
Tous les étudiants ne vivent pas sur place. Ce sont principalement les filière de maths et de physique qui ont leur chambre dans le bâtiment principal.
D'autres édifices accueillent le reste des étudiants, mais celui-ci reste le principal édifice et peut tout de même héberger plusieurs centaines d'étudiants.

Nous entrons dans l'édifice, après le contrôle des papiers. Première impression : c'est vieux. Le bois, assez présent, a dû prendre une odeur de renfermé depuis tout ce temp. Le hall d'accueil et les principaux couloirs sont très grands mais lorsqu'on s'est retrouvé vers les chambres, j'ai parfois eu  l'impression de me balader dans les couloirs d'une prison, avec ces allées de petites portes en bois toutes vieilles.
On grimpe dans l'ascenseur, pause au 10ème, chez un ami, pour laver les fruits rouges que Natacha a très gentiment apportés. Puis, direction le toit. Ce n'est pas vers le toit de la tour la plus haute que nous allons, mais vers celui de la partie droite entre deux plus petites tours.


Je pensais naïvement qu'il suffisait de passer par une porte pour aller admirer la vue. C'est lorsque je me retrouve devant une fenêtre à enjamber que je comprends. C'est bel et bien interdit parce que dangereux. Le toit n'est pas du tout aménagé.
Donc, quelques petits saut et une échelle plus loin, nous voici sur le toit du monde.
Ouah ! Il n'y a pas vraiment de mot pour décrire ce qu'on ressent là-bas.

Il faut dire que je n'ai pas vraiment eu le temps de m'imprégner des sensations. Juste le temps de prendre trois photos avant d'entendre une voix derrière nous qui nous demande calmement si la vue est sympa.
Ah bah tiens, il y a foule sur le toit !

Natasha et moi, nous nous retournons. Moment de flottement. Le gars en face de nous a tout l'air d'un garde pas vraiment content. 
Je ne comprends pas grand chose aux mots de russe qu'il nous dit mais je sais qu'il vaut mieux se taire. J'attends.
Natasha attends, elle aussi, plutôt détendue. 
Finalement, il demande à voir nos documents puis nous enjoint à le suivre.
C'est le moment où je me dis que si, d'une manière ou d'une autre, il est en lien avec les services d'immigration, je suis peut-être dans la merde. Alors je ne risque pas de prendre une dernière photo et je le suis sagement, en laissant Natasha derrière moi prévenir son ami qui nous a aidées à rentrer.
Le garde me parle, je lui demande de répéter car je suis assez fière d'avoir appris à dire ce mot ! On sent qu'il a envie d'en rire mais finalement après une pause, il répète un peu plus lentement et je ne comprends que les premiers mots "Il ne faut pas ...". 
Ah bah tiens, effectivement. 
Dans l'ascenseur, Natasha me regarde avec un grand sourire. J'ai une envie folle de faire pareil mais je vois les yeux du garde plantés dans les miens. Challenge ultime pour moi : je reste de marbre malgré tout. Elle m'avouera plus tard qu'elle sourit quand elle est nerveuse. Toujours est-il que je suis assez fière de mon acte héroïque. 

La suite est plutôt classique, nous nous retrouvons tous les trois, le troisième complice nous ayant rejoint, dans un petit bureau tout miteux. Une armoire, un bureau, une table, un canapé, et surtout un gigantesque aquarium en plein milieu. Tout ça dans 10 m2.
Au mur des calendriers accueillants sur des services de sécurité, ou d'espionnage... que sais-je. 
On se fait sermonner un peu mais pas trop. Le temps est surtout passé à remplir des dépositions, rédaction auquelle j'échappe fort logiquement étant donné mon niveau de russe.
C'est le moment où je me dis, en observant le garde, ce qu'il fait, et son bureau, que j'ai une chance sur 10000 de me retrouver bannie de Russie. En revanche, j'ai plus peur pour mes compagnons. Je les connais à peine. Ils se sont fait chier pour que je puisse rentrer et les voilà, de ma faute, à remplir des dépositions de crimes. 
Pas top. Il faudra que je trouve un moyen de les remercier.
Je regrette encore une fois de ne pas comprendre le russe lorsque le garde nous libère avec quelques mots qui font bien rire tout le monde sauf moi. Je ne saurai jamais si c'était vraiment drôle !

Nous nous retrouvons ensuite à manger les fraises et les cerises, délicieuces, en regardant le bâtiment d'en bas, du coup.
Séance de debriefing. A priori, nous ne risquons rien. C'est à confirmer pour l'étudiant qui nous a aidées à rentrer. Auparavant, il était plus facile de monter sur le toit mais récemment, la vigilance s'est accrue jusqu'à l'apparition de caméras de surveillance. C'est sûrement pour ça que le garde est arrivé si rapidement.

Voilà ! Le toit du monde, j'y suis resté trente seconde, à peine le temps de réaliser ces photos en exclusivité, mais ça valait le coup.





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